Sur la route des élections burundaises : entre bruits de bottes et effondrement économique

 Rapport sur la situation pré-électoraleau Burundi 2025-2027
Publié par (EurAc Réseau Europe-Afrique centrale)
Ce rapport intitulé « Sur la route des élections burundaises : entre bruits de bottes et effondrement économique » est le fruit d’un travail de collaboration entre le secrétariat du réseau Europe-Afrique centrale (EurAc) , ses membres et des représentants de la société civile burundaise.

Déclaration conjointe « Burundi : Torture, disparitions forcées et exécutions extrajudiciaires persistent malgré les engagements de l’État »

Dix organisations de la société civile burundaise, sous la coordination de SOS-Torture Burundi et avec le soutien de la Fédération internationale des ACAT (FIACAT), de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et du Conseil international de réhabilitation des victimes de la torture (IRCT), publient ce jour un rapport alternatif de suivi sur la mise en oeuvre par le Burundi des recommandations prioritaires formulées par le Comité des Nations Unies contre la torture (CAT) au mois de novembre 2023.
Ce rapport, qui couvre la période de novembre 2023 à mars 2025, dresse un constat alarmant de la situation des droits humains au Burundi. Il révèle notamment :

Joint statement : « Burundi: Torture, enforced disappearances and extrajudicial executions persist despite the State’s commitments »

Ten Burundian civil society organisations, under the coordination of SOS-Torture Burundi and with the support of the International Federation of ACAT (FIACAT), the World Organisation Against Torture (OMCT) and the International Rehabilitation Council for Torture Victims (IRCT), are today publishing an alternative follow-up report on Burundi’s implementation of the priority recommendations made by the United Nations Committee against Torture (CAT) in November 2023.
The report, which covers the period from November 2023 to March 2025, makes an alarming assessment of the human rights situation in Burundi. In particular, it reveals:

Intimidation des opposants à la veille des élections de 2025

En date du 9 mai 2025, sur la colline Buyumpu, frontalière avec le Rwanda, de la commune Kabarore province Kayanza,  lors des travaux communautaires, un responsable collinaire du CNDD- FDD, en compagnie d’un membre du conseil communal,  a proféré des menaces  à l’endroit de quiconque ne votera pas pour le CNDD- FDD en disant qu’il aura des problèmes très sérieux.

Ce message semblait destiné à l’ensemble de la population, mais ciblait particulièrement les membres du parti CNL. « Mwaba CNL mwe, uwuzi ko atazotumbereza kunkona amenye iyo azoba. Uwutazotora CNDD- FDD tubaye turabagabisha, azogira ibibazo bikomeye ». Signifiant en Français que « Vous, membres du CNL, gare à celui qui ne votera pas pour le CNDD-FDD. Nous vous mettons en garde qu’il aura des problèmes sérieux»

Ce climat d’intimidation qui fait peur à la population soulève des inquiétudes quant à la sécurité et à la crédibilité des prochaines élections, sans participation électorale libre et transparente.

Cet incident est survenu le jour de l’ouverture officielle de la campagne Electorale par la Commission nationale indépendante (CENI) au stade Ingoma de Gitega le 9 mai 2025 où étaient présents des leaders de partis politiques ainsi que des candidats aux élections législatives, sous le haut patronage du Président de la Republique Evariste Ndyishimye qui a prévenu au public que «  ceux qui envisagent de perturber ce processus sachent que la justice leur réservera des peines très sévères »

Agression violente d’un militant de l’opposition à Nyanza-Lac : une tension politique en hausse

Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 mai 2025, Jonas Niyomwungere, membre du parti Sahwanya Frodebu et de la coalition Burundi bwa Bose, a été victime d’une agression violente à la machette sur la colline Kabo, dans la commune de Nyanza-Lac, province de Makamba.

Selon des témoins, la victime aurait été interceptée sur le chemin vers son domicile par un groupe de jeunes Imbonerakure, dirigé par Benjamin Niyomukunzi. Le motif de cette agression serait un prétendu manque de respect envers ce groupe. Jonas Niyomwungere a subi des blessures graves à la machette avant d’être secouru par des habitants de la colline, qui l’ont évacué d’urgence vers l’hôpital de Nyanza-Lac.

Cet acte de violence s’inscrit dans un climat politique particulièrement tendu à Nyanza-Lac, où les militants du CNDD-FDD, parti au pouvoir, sont régulièrement accusés d’intimidation à l’encontre des membres de partis d’opposition, en particulier ceux de la coalition Burundi bwa Bose. Des responsables de ces partis dénoncent des arrestations arbitraires, des agressions physiques répétées et une impunité persistante.

DECLARATION RELATIVE A L’AGRESSION DE Willy KWIZERA, JOURNALISTE DE LA RADIO BONESHA FM

Les agresseurs du journaliste Willy Kwizera doivent être poursuivis et punis conformément à la loi


En date du 28 avril 2025, Willy Kwizera, journaliste à la radio Bonesha FM a été brutalement agressé par les représentants des étudiants de l’université du Burundi, campus de Mutanga, alors qu’il s’y rendait pour réaliser un reportage.

Selon les informations crédibles, six étudiants ont violemment tabassé Mr Kwizera , l’accusant d’être un ennemi du pays pour avoir, selon eux partagés des informations avec des défenseurs des droits humains, notamment Pacifique Nininahazwe. Ces actes constituent non seulement une grave atteinte à l’intégrité physique du journaliste, mais aussi et surtout une violation flagrante de la liberté de la presse, de la liberté d’expression et du droit à l’information.

Nous rappelons que le travail des journalistes est essentiel dans toute société démocratique et que la protection des professionnels des médias est une obligation des autorités publiques. Aucune forme de violence ou de menace à l’égard d’un journaliste ne saurait être tolérée.

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LA COOPÉRATION ENTRE LA BELGIQUE ET LE BURUNDI DOIT ÊTRE BÂTIE SUR LE RESPECT DES DROITS HUMAINS GRAVEMENT COMPROMIS DEPUIS 2015 : Communiqué de Presse de la Société Civile Burundaise Indépendante

Communiqué de Presse de la Société Civile Burundaise Indépendante en rapport avec la visite du Vice-Premier ministre Belge et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération au développement.

  1. La Société Civile Burundaise Indépendante exprime sa profonde inquiétude et sa déception suite au discours tenu par Monsieur Maxime Prévôt, Vice- Premier Ministre belge et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération au développement à l’occasion de sa visite au Burundi le samedi 26 avril 2025 dans le cadre de sa tournée régionale dans la région des grands-lacs.
  1. Dans son discours, le Vice-Premier Ministre belge et Ministre des Affaires étrangères a rappelé que sa venue au Burundi intervient après plus de 10 ans qu’il n’y avait pas de visite ministérielle de la Belgique depuis la crise de 2015. Il a promis de tourner la page en renforçant la coopération avec le Burundi au niveau des affaires étrangères et à la fois au niveau de la coopération internationale. Il a en outre annoncé le soutien de la Belgique « à la trajectoire du président de la République d’ici 2040-2060 » pour le redressement socio-économique du Burundi et à la formation des officiers de l’armée burundaise.
  1. S’exprimant au nom du Royaume de Belgique, le Vice-Premier Ministre belge et ministre des Affaires étrangères précise en outre que « le Burundi est un acteur qui compte, un acteur qui a toujours compté et avec lequel il faudra continuer de compter, pour pouvoir être un acteur de solution et de pacification dans la région des Grands-Lacs et on le sait singulièrement à l’Est du Congo » et n’a pas manqué d’ajouter que « …. le Burundi est un pays d’espoir, un pays de paix et pacificateur ».

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Une femme détenue dans des conditions inhumaines avec son bébé de 3 mois dans un conteneur à Bugendana

En commune Bugendana, zone Mutoyi, province de Gitega, une femme d’une trentaine d’années, Goreth Niyibizi, a été arrêtée et incarcérée avec son bébé de 3 mois depuis le 25 avril 2025 dans des conditions inhumaines. Détenue dans un conteneur, sa privation de liberté est liée à défaut de trouver son mari du nom de Noé qui aurait pris fuite, accusé d’avoir percuté un passant par moto. Cette détention de Goreth Niyibizi suscite une grande indignation au sein des habitants et des autorités locales de la colline Cishwa commune Bugendana.

Selon les informations recueillies sur place, Goreth Niyibizi est retenue en l’absence de toute décision judiciaire officielle, une situation dénoncée comme étant abusive par les habitants de Cishwa, sa colline d’origine.

Jacqueline Funege, chef de colline de Cishwa, confirme cette détention inhumaine et promet de suivre de près le dossier. « Nous ne baisserons pas les bras tant que Goreth Niyibizi ne sera pas libérée et rétablie dans ses droits », a-t-elle déclaré. Interrogé sur les circonstances de cette détention, le commissaire communal de la police de Bugendana, Yves Ndikumana, justifie l’arrestation pour des besoins d’enquête, précisant que la femme sera libérée dès que son mari sera appréhendé. Toutefois, sur la question de la détention dans un conteneur, le commissaire Yves Ndikumana préfère garder le silence.

Signalons que la femme a été finalement relâchée le 27 avril 2025 grâce à l’implication de la cheffe collinaire de Gishwa soutenue par les habitants de cette même colline. Noé, le mari de Goreth Niyibizi est toujours introuvable.

Malgré cette libération de Mme Goreth Niyibizi, cette affaire relance le débat sur la violation de procédure judiciaire suivi quant à arrêter et emprisonner une personne à la place d’une autre pour une affaire pénale mais aussi les conditions de détention inhumaine et le respect des droits humains en particulier pour les femmes et les enfants.

DÉCENNIE SOUS TENSION À HAUT RISQUE DU PIRE (2015-2025) : Mémorandum de la société civile sur une crise socio-politique qui perdure

« La transgression des règles constitutionnelles et le non-respect des mandats présidentiels, source d’une crise majeure toujours non résolue au Burundi (2015-2025). »

La crise politique survenue au Burundi en 2015 s’est soldée par un climat de tension continue et une gouvernance autoritaire régie par des institutions fragilisées à mesure que la crise perdure.

A titre de rappel, en avril 2015, le président Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, a pris la décision de briguer un troisième mandat en violation de la constitution du Burundi de 2005 et de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi signé en 2000, fondement du processus de paix après une décennie de guerre civile (1993-2003) qui limitaient le nombre de mandats présidentiels à deux.

En conséquence, une crise de grande ampleur fut déclenchée le 25 avril 2015 par l’annonce fatidique de la candidature de Pierre Nkurunziza au troisième mandat Le lendemain, le 26 avril 2015, un vaste mouvement citoyen de contestation s’en est suivi, sur appel de certains partis politiques d’opposition, de la société civile, et des membres influents du parti au pouvoir CNDD-FDD.

Dès le déclenchement des manifestations, pourtant conformes à la loi, le pouvoir a ordonné à la police d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour étouffer ce mouvement contestataire né dans un contexte préexistant de graves violations des droits humains, de mauvaise gouvernance, marquée par une corruption endémique.

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Déclaration No006 CDH/VICAR2025 concernant les enlèvements de réfugiés burundais en Tanzanie.

La Coalition pour la Défense des Droits Humains Vivant dans les Camps de Réfugiés (CDH/VICAR) exprime sa plus vive inquiétude et sa ferme condamnation face aux enlèvements récurrents visant des réfugiés burundais en Tanzanie, en particulier dans le camp de réfugiés de Nduta.

Au cours des deux dernières semaines seulement, au moins 10 réfugiés burundais ont été enlevés par des hommes non identifiés à bord d’une camionnette aux vitres teintées. Cinq d’entre eux ont été enlevés dans la nuit du 8 avril 2025. Ces enlèvements se déroulent dans un silence alarmant, notamment de la part du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui reste jusqu’à présent inactif face à ces violations graves des droits humains.

Ces faits viennent raviver des souvenirs douloureux. En 2020, plusieurs réfugiés burundais ont été enlevés dans des circonstances similaires. Certains ont été retrouvés dans des prisons au Burundi, ce qui nous a permis de conclure que ces opérations sont menées par les services de renseignement tanzaniens en collaboration avec les services de renseignement burundais.

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